Soins courants en cancérologie

La prise en charge chirurgicale d'un cancer des VADS nécessite des soins spécifiques communs à beaucoup d'interventions. Une information préalable permet de mieux appréhender une situation qui peut souvent faire peur et de démystifier les suites d'une intervention chirurgicale qui peut paraître « lourde ». Ces aspects vous sont décrits ci-dessous  et ne remplacent pas les informations qui sont données par votre médecin ORL. Les soins qui vous sont présentés ci-dessous ne sont pas systématiques et ne sont réalisés qu'après vous en avoir informé.

Pansements cervicaux et drains chirurgicaux

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Des pansements au niveau du cou sont mis en place dès l'intervention. La plupart du temps, il s'agit d'une bande de tissu (bande Velpeau) et de compresses stériles. Le pansement est refait tous les 1 à 2 jours par l'infirmière, le matin. Très souvent, des drains chirurgicaux sont laissés en place lors de l'opération. Ces drains sont aspiratifs et permettent le recollement de la peau et le drainage du saignement qui peut se poursuivre dans la cavité opératoire. La présence de ce(s) drain(s) n'est pas douloureuse tout comme leur retrait, elle n'empêche pas non plus de se déplacer.

En fonction de l'intervention, la cicatrice peut être fermée par des points de suture dans la peau qui sont résorbables ou par des agrafes cutanées. Celles-ci sont retirées vers le huitième jour après l'intervention.

Le curage ganglionnaire

Ce temps opératoire est très souvent réalisé lors du traitement d'un cancer des VADS. Il consiste à retirer les ganglions du cou qui drainent le site où s'est développée la tumeur. Ce curage peut être réalisé même si aucun ganglion n'est atteint par des cellules cancéreuses de manière préventive. Il est souvent réalisé en même temps que l'intervention d'exérèse de la tumeur. S'il est bilatéral, il nécessite une cicatrice qui fait le tour du cou (d'une oreille à l'autre en passant par le bas du cou). Cette intervention a plusieurs conséquences :

  • Des conséquences esthétiques du fait de la cicatrice, du gonflement du cou et du visage après l'intervention qui disparaît progressivement, voire du creux en dessous.
  • Des conséquences fonctionnelles (insensibilité de la peau du cou et du lobule de l'oreille, douleur de l'épaule, sclérose de la peau du cou)

Points de suture dans la bouche ou la gorge

Lors de l'exérèse d'une tumeur de la bouche ou de la gorge, une suture de la muqueuse (paroi de la gorge) est réalisée pour « fermer » le site opératoire. Cette suture est toujours réalisée avec du fil résorbable. La présence de salive dans la bouche et la gorge est un facteur qui défavorise une bonne cicatrisation. C'est pourquoi il est souvent demander au patient de ne pas manger quelques jours après l'intervention (une nutrition par sonde est alors réalisée) et d'aspirer la salive avec un aspirateur buccal. La plupart du temps, la cicatrisation se passe bien, mais il arrive que la salive passe entre les points de suture et s'accumule dans le cou en créant un abcès ou fasse une fistule (écoulement de salive par la cicatrice du cou). Cette complication s'appelle un pharyngostome au niveau de la gorge ou orostome au niveau de la bouche. Très souvent cet écoulement se tarie spontanément en quelques semaines grâce à des pansements, il peut parfois nécessiter une ré intervention et retarde la reprise de l'alimentation après l'opération.

La trachéotomie

La trachéotomie est un acte chirurgical consistant à introduire une canule en plastique à la base du cou jusque dans la trachée. En fonction des situations, la parole peut être possible ou non. La présence d'une canule n'empêche pas l'alimentation. Ce geste est réalisé dans les cas suivant :

  • Lorsque l'intervention provoque un œdème de la gorge pouvant gêner la respiration, la canule assure ainsi une respiration aisée le temps que l'œdème diminue (quelques jours la plupart du temps). Elle est alors retirée et l'orifice se referme tout seul en quelques jours.
  • Lorsque l'intervention provoque des troubles de la déglutition. Ces troubles peuvent être à l'origine de fausses routes (passage de salive ou d'aliment dans les poumons). La canule est alors équipée d'un ballonnet retenant la salive. Elle est retirée lorsque ces troubles disparaissent.
  • Lorsque la présence d'une tumeur des VADS est à l'origine d'une obstruction des voies respiratoire. L'intervention est alors réalisée pour faciliter la respiration du patient jusqu'à un traitement.
  • Lorsque l'intervention consiste à retirer le larynx : voir La laryngectomie totale.

La sonde naso-gastrique et la gastrostomie

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La réalisation de points de suture au niveau de la gorge ou la présence de la tumeur peuvent parfois empêcher une alimentation normale par la bouche. Il est alors proposé de placer une sonde par le nez qui va jusque dans l'estomac pour y apporter directement les aliments. Cette sonde « naso-gastrique » est mis en place après une anesthésie locale ou pendant l'intervention chirurgicale. Sa présence est en général bien tolérée. Elle est utilisée environ 3 fois par jour en branchant une poche d'aliments liquides par une tubulure qui passe par une pompe. Une autre solution consiste à mettre cette sonde directement dans l'estomac à travers la peau. Cette « gastrostomie » est alors placée sous anesthésie locale lors d'une courte intervention. Cette sonde à l'avantage d'être non voyante.

La reconstruction par lambeau et en particulier par « lambeau de grand-pectoral »

Lorsque l'exérèse d'une tumeur des VADS au niveau de la bouche ou de la gorge est à l'origine d'une perte de substance trop importante, il est nécessaire de réaliser une reconstruction en amenant des tissus pour « combler » le site opératoire. Cette reconstruction est permise grâce à des « lambeaux », c'est-à-dire des tissus comportant de la peau et du muscle qui sont transférés vers le site opératoire. Ces lambeaux peuvent être locaux (dans la bouche pour une exérèse de la bouche) ou régionaux (d'une région vers une autre). Ce dernier cas est celui du lambeau de grand pectoral qui est souvent utilisé. Il consiste à utiliser la peau et le muscle de la poitrine pour refermer une région des voies aéro-digestives supérieures.
Cette intervention est à l'origine d'une cicatrice au niveau du thorax.